Interview de Frank Williams, membre fondateur du collectif La Fugitive

Interviewé par Les Bons Ptits Sons, Frank Williams membre fondateur du collectif La Fugitive nous en dit un peu plus sur son univers, son histoire et ses projets à venir, directement depuis son studio d’enregistrement à Ménilmontant, Paris.

Il y a quelques mois Les Bons Ptits Sons (LBPS) vous faisait découvrir la musique de la Fugitive à travers deux titres poignants et entraînants aux accents folk, extraits de leur deuxième compilation « The World Is Not My Home » en écoute ci-dessous.

Peux-tu nous présenter La Fugitive ?
La fugitive est un studio d’enregistrement et de production situé dans le quartier de Ménilmontant à Paris. C’est maintenant aussi un label, nait de la rencontre entre Bud (Olivier Bodin) et Moi (Frank Williams).
Sous le nom de La Fugitive nous avons commencé à réaliser des albums, dans une sorte de tandem. On a enregistré au départ les albums de Fantazio, Little Ballroom, Joujou, de la musique africaine aussi avec Pedro Kuyaté, tout récemment l’album des Moonshiners.
Pour finir, La Fugitive est aussi un collectif de compositeurs de musique de films à géométrie variable. Et le nom sous lequel on signe certaines B.O. avec notamment Benoît Daniel.

Quand est sortie la première compilation La Fugitive ?
Elle est sortie il y a 4 ans. Elle rassemblait des morceaux que nous avions composés pour des films et qu’on tenait à défendre. Et nous venons de sortir la deuxième qui s’appelle « The World Is Not My Home » sur laquelle on retrouve Bud, Benoît Daniel, Jeanne La Fonta, Cyrielle Desserey, Valentine Carette et moi.

Comment qualifierais-tu la musique de la dernière compilation La Fugitive ?
C’est essentiellement des chansons, dans un style assez folk, lyrique et très mélodique. Contrairement à la première compilation qui partait dans des directions très différentes, avec des musiciens issus d’univers très différents, jazz, musique contemporaine, électronique, nous avons rassemblé des chansons qui forment une réelle unité de style, comme une sorte d’album. A l’origine, ces chansons ont toutes été composées pour des films.

As-tu d’autres projets musicaux en parallèle ?
Oui, depuis 6/7 ans, je forme avec Valentine Carette, Bud et Benoît Daniel le groupe Ghost Dance qui est central dans la Fugitive car les deux se recoupent complètement. Mais à la différence de La Fugitive, Ghost Dance est un groupe de rock, où il n’y pas d’autres intervenants que nous quatre, et avec lequel on tourne sur scène.

Quel style développez-vous avec Ghost Dance ?
Ce groupe est plus électrique, plus tendu et énergique, même si on fait aussi des balades. Sur scène, il y a une énergie assez transe et quasi-chamanique … je vise à atteindre des états seconds.

Ghost Dance dans la pièce de théâtre de Valentine Carette et Sigrid Bouaziz. DR

Ghost Dance dans la pièce de théâtre de Valentine Carette et Sigrid Bouaziz. DR

Est-ce pour ça que tu es musicien, pour ce désir de vivre une expérience particulière sur scène ?
J’adore être sur scène, si je ne faisais pas de scène, je sentirai comme un vide. Quand je monte sur scène, il se passe quelque chose qui est de l’ordre du combat, quelque chose d’antique, comme sur un ring de boxe. Bien sûr, il n’y a pas de blessé à priori mais l’excitation, le côté transcendant, sauvage de la scène libère, produit un effet cathartique. Mais le travail en studio, faire des albums, des enregistrements est un immense plaisir aussi. Les deux sont une fin en soi.

Tu as signé des morceaux sur des labels estampillés « French Touch » autour des années 2000, peux-tu nous en dire plus ?
Oui, sous le nom Williams Traffic, un duo que je formais avec Nicolas Kantorowicz (moitié de Sporto Kantes). Au début des années 90’s, la musique électronique émergeait à Paris et de nombreux labels se montaient. J’avais été très attiré par la scène de Bristol, Tricky, Portishead, etc. A cette période là, je revenais de Londres où j’avais acheté des samplers. Les machines me permettaient de tout faire tout seul, d’avoir une maîtrise sur tous les arrangements. Je pouvais sampler des cuivres, une batterie ou même des animaux. Mais je ne produisais pas du son dit « French Touch ». Ma démarche s’inscrivait dans un esprit rock avec des influences de musique jamaïcaine que j’avais découverte en Angleterre et dub. D’ailleurs, N. Kantorowicz est un ancien des Wampas (groupe de rock alternatif). Je faisais juste de l’électro à Paris sur des labels affiliés à cette scène.

Tu n’as pas d’affinités avec la culture club ?
J’aime bien des morceaux de techno mais je n’allais pas en club. A une époque, je suis allé en rave mais je n’ai pas vraiment accroché avec ce trip là. J’avais justement l’impression que le « trip » était plus important que la musique. Et même quand je faisais des live à cette période, je ne me produisais pas en club mais plutôt dans des salles de concert ou dans des bars.

Ghost Photo He¦üle¦Çne Bozzi

Aujourd’hui, as-tu délaissé les machines pour te concentrer sur les instruments ?
Non, je les utilise encore, je mélange tout. Je joue des instruments à cordes, guitare, basse, banjo et je continue aussi à composer avec des machines. Et aussi surtout, je ne suis pas seul, j’ai autour de moi une équipe, grâce au studio notamment qui me permet d’avoir une ouverture musicale plus importante.

Comment t’es-tu formé à la musique ?
Je l’ai fait de manière autodidacte. J’ai commencé le piano à 8 ans, puis j’ai eu ma première guitare électrique vers 12 ans et peu de temps après je montais mon premier groupe les « Stiffy Ropes ».

Ton instrument fétiche ?
Une guitare Gretsch, japonaise.

Ton premier disque acheté ?
Je préfèrerais ne pas le dire (rires) mais je crois que c’est un disque de Balavoine et de Carlos aussi. En fait, mon frère aîné jouait de la musique et quelque temps plus tard, je suis tombé sur sa pile de disques. J’ai alors découvert les Clash, le Velvet, James Brown et tout ces groupes incroyables que j’écoute encore. Ca a été une rampe d’accélération, je suis passé de Carlos au Velvet sans vraiment de transition (rires). Donc le funk et le rock ont été deux fondations solides qui se recoupent tout le temps dans ce que je fais. On perçoit cette influence de la musique noire américaine et celle rock de la scène new yorkaise ou anglaise dans mes productions.

Ton premier concert ?
La première partie des Wampas. J’avais au collège un groupe assez speed, électrique en collaboration avec l’association « les Barrocks» qui a lancé plein de groupes : la Mano Négra, les Wampas, les Garçons bouchers,… . Cette association existe encore.

Ton pire souvenir de concert ?
En tant que spectateur, c’est lorsque je suis allé voir un de mes groupes fétiches les « Gun Club » en Bretagne. J’étais jeune ado et j’avais pris un LSD beaucoup trop fort. Il y avait en première partie le groupe « Elmer Food Beat » sauf que j’étais en pleine montée d’acide et l’esprit déconne de leur musique n’a pas du tout fonctionné, ce fut épouvantable (rires).

Ton meilleur souvenir de concert ?
Là, je parlerais davantage des concerts que j’ai donnés. Avec Ghost Dance, on jouait beaucoup au Lavoir Moderne dans le 18ème à Paris, un lieu magnifique qui est en train de fermer. On y a donné des concerts qui m’ont vraiment touché avec un public que j’adorais. Sinon, j’ai beaucoup joué avec Fantazio avec qui j’ai fait des tournées à Berlin, à Varsovie, à Rome où on a donné des concerts vraiment délirants.

Première fois que tu t’es dit que tu voulais vivre de ta musique ?
Comme j’ai commencé à créer des groupes tout jeunot, ça a toujours été l’activité qui me tenait le plus à cœur. Avant même de me demander comment j’allais gagner ma vie, je savais que c’était ce que je voulais faire. Avec les années, j’ai essayé de mettre en place un système qui me permettrait de réussir à en vivre. Il y a eu des moments où j’ai essayé de faire autre chose car je ne gagnais pas d’argent avec. Aujourd’hui, j’y parviens grâce à cet ensemble de projets : les concerts, des compositions pour le théâtre (notamment avec Valentine Carette qui est aussi comédienne, et aussi Lazare, et Netty Radvanyi), les musiques de films, de documentaires, pour le cinéma et aussi pour la télé.

Ghost Dance Photo Helene Bozzi 2

Merci Frank !
Sined pour Les Bons Ptits Sons.

> + de musique pour La Fugitive et Ghost Dance: http://soundcloud.com/la-fugitive

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