Interview de Mathieu Proux, co-fondateur du Vinyle Club

L 2e phénomène ne vous a certainement pas échappé : le vinyle connaît une résurrection. Les ventes se multiplient, les usines de pressages redémarrent leurs machines assoupies, les platines vinyles réinvestissent les rayons des magasins. Ce renouveau est porté par des initiatives ingénieuses qui s’adaptent aux modes de consommation actuels. Le Vinyle Club est l’une d’entre elles. On a rencontré l’un de ses créateurs, Mathieu Proux. Il nous parle de son projet et de la manière dont on « consomme » aujourd’hui la musique. En plus, il est sympa, si vous n’avez pas de platine, il vous en offre une !

Comment vous est venue l’idée de lancer le Vinyle Club ?

A l’origine nous sommes trois potes, Jean-Yves, Raphaël et moi-même, amateurs de musique évidemment et collectionneurs de vinyles. Le phénomène des boxs s’imposait avec les boxs beauté, sport, food,… mais pas encore de box culturelle et notamment sur le vinyle. On s’est alors demandé comment créer un service actuel permettant aux gens de découvrir le vinyle, de s’y mettre et de trouver les bases pour se faire une collection. L’idée du Vinyle Club était née et cela fait maintenant presque un an qu’on a lancé le projet, en février 2015.

Peux-tu nous expliquer le principe ?

Le principe est simple, en s’abonnant sur notre site, vous recevrez tous les mois une box avec deux vinyles sans savoir de quoi il s’agit de manière à garantir l’effet de surprise. A chaque fois, il y a un classique du vingtième siècle, ce qu’on a appelle nous la perle du XXème siècle, un album qui a marqué le siècle dernier et la pépite du XXIème siècle qui est un album un peu découverte des quinze dernières années. A cela s’ajoute un livret quatre pages écrit par un journaliste invité, différent tous les mois, qui vient parler des disques, raconter des anecdotes sur les enregistrements, la discographie des groupes, etc…. On ajoute aussi tous les trois mois dans les box le mag Star Wax autour de la culture vinyle et du djing. De temps en temps, on glisse aussi des surprises comme des vinyles en édition limitée pour des abonnés au hasard. Le petit plus, est que si jamais vous n’avez pas de platine, nous offrons une platine avec un abonnement d’un an, une platine Crosley. L’idée est de permettre aux gens de s’équiper et commencer une collection avec des classiques incontournables et des découvertes immanquables.

Quelles démarches avez-vous engagées pour vous développer ?

Dans un premier temps, on a commencé à monter des partenariats avec les labels. Notre statut de disquaire nous a permis d’ouvrir des comptes chez tous les labels, et petit à petit, la dynamique s’est mise en place. L’aventure a commencée avec trente abonnés et ça a évolué de manière crescendo.
Dans un deuxième temps, on a mis en place des partenariats avec des disquaires. On dispose actuellement d’une quinzaine de disquaires partenaires où nos boxs sont envoyées afin que nos abonnés puissent venir les récupérer directement chez eux, ce qui permet d’éviter les frais de port. Et il était très important pour nous de ne pas se positionner en tant que concurrent des disquaires mais plutôt de coopérer avec eux. C’est une manière de leur ramener une clientèle qui découvre le vinyle et qui, on l’espère, deviendra habituée de ces lieux.

Comment faites vous la sélection, qui  sélectionne ?

Vous pouvez déjà aller voir sur notre site les boxs précédentes qui ont été envoyées pour vous faire une idée. Sinon, on est trois au Vinyle Club à faire la sélection. Nos goûts sont tous différents mais on arrive toujours à s’entendre sur des incontournables. On teste également beaucoup autour de nous, on sollicite nos amis, on fait des petits sondages.

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« Nothing as changed » David Bowie présent dans la box de Mars 2015

Récemment, nos boxs contenaient des albums d’Al Green, d’Ella Fitzgerald & Louis Armstrong, de David Bowie, Janis Joplin, Otis Redding. En ce qui concerne les nouveautés, la démarche est un peu la même, c’est-à-dire que l’album nous semble incontournable. Et pour l’instant, nous n’avons pas eu de retour négatif. On essaye d’alterner, de passer de l’Electro, au Hip-Hop, à la Soul, au Rock. On a envoyé l’album de Guts en hip hop, de SBTRK (prononcé « subtract ») en électro, Courtney Barnett ou Balthazar sur la dernière box qui est plutôt rock. On navigue dans tous les styles.

Pouvons-nous orienter le choix de la sélection ?

Cette option existe. Lors de l’inscription, nos futurs abonnés peuvent préciser leur style de prédilection. Ca nous donne aussi une tendance générale de ce qu’affectionne comme style nos abonnés. Pour l’instant, on ne propose pas de box thématique par style (excepté pour certains partenariats), on espère le faire dans un futur proche, mais l’idée est d’abord de nous faire confiance. On essaye d’envoyer les meilleurs disques du moment et pour l’instant ça plaît.

Découvrez l’univers musical de Mathieu : La Playlist ici !

À quel moment, le nombre d’abonnés a-t-il vraiment décollé ?

Les médias s’intéressaient au retour du vinyle et avec notre concept et une très bonne attachée de presse, Melissa Phulpin, à qui nous devons beaucoup, nous avons eu la chance d’obtenir de nombreuses retombées médiatiques. Notamment Nova, qui nous a bien aidé à décoller et avec qui nous venons d’ailleurs de refaire un partenariat. Mais les relais médiatiques sont venus aussi de Tsugi, Le Mouv’, Time Out, Elle et plus récemment BFM et même le JT de M6, la consécration !

Le prix du coffret est-il un clin d’œil au 33 tours ?

Oui il s’agit d’un clin d’œil au 33 tours. De plus, on voulait proposer un prix assez faible. 33 euros, c’est abordable selon nous car aujourd’hui le prix d’un vinyle d’un album neuf va plutôt vous coûter entre 25€ et 30€. On a fait ce pari de se faire moins de marge sur les boxs mais de rendre ça plus accessible. Ce ne sont que des albums neufs, des LP, on envoie pas de maxis, de EP.10249394_1680626032181365_130936778_n

Personnellement, quand j’ai découvert le Vinyle Club, j’ai tout de suite rapproché le principe avec celui des boxs de vin qui te permettent de recevoir deux bouteilles sélectionnées par un œnologue tous les mois. Est-ce ce type de box en particulier qui vous a inspiré le Vinyle Club ?

Non pas vraiment, mais c’est amusant que tu parles de vin car on a été invité sur un événement par 20h33, une boîte bordelaise qui fait des boxs de vin justement et on réfléchit à l’idée de faire des éditions limitées où on recevrait un très beau disque et une belle bouteille de vin.

Avez-vous d’autres projets de ce genre ?

Oui, on vient de lancer ce type d’opération en partenariat avec les Inrockuptibles à travers quatre boxs thématiques disponibles depuis le 1er Décembre sur notre site et sur le store des Inrocks. La sélection de ces boxs a été assurée par JD Beauvallet, un des rédacteurs en chef des Inrocks. Chaque box compte deux vinyles correspondant chacune à quatre styles : Artrock, Hip-Hop ( avec une box sur le thème du quartier de LA Compton avec des artistes du coin, Kendrick Lamar dont l’album fait l’unanimité cette année ainsi que le dernier Dr Dre), Rock et Manchester, à 49 € . On essaye de créer des partenariats avec des médias et de temps en temps d’inviter d’autres personnes à proposer une sélection alternative à la nôtre.

« on sent que les gens en ont un peu assez de rester planté devant un écran toute la journée et ont envie de revenir à l’objet, au toucher. »

Il y au regain d’intérêt certain pour le vinyle*, mais pensez-vous qu’il s’agisse d’un effet de mode lié à l’engouement actuel pour le « vintage » ou d’une vraie lame de fond qui va perdurer ?

Je pense que ça relève un peu des deux. Effectivement, on observe un retour du vintage, du rétro, de l’objet. Malgré tout, je crois qu’il ne s’agit pas que d’un phénomène de mode. Le vinyle signe un retour en force depuis 4/5 ans, on sent que les gens en ont un peu assez de rester planté devant un écran toute la journée et ont envie de revenir à l’objet, au toucher. Car le vinyle, c’est tout un rituel. On le prend dans son étagère, on sort la galette de sa pochette, on la pose sur la platine et on prend le temps d’écouter chaque piste, chaque face en entier. Un rituel à l’opposé de la culture du zapping, où on switch sur Deezer, sur notre playlist. 12390957_10153436564394102_5071229960879639612_nJ’ai également le sentiment qu’on recherche de nouveau un bel objet, une belle pochette, on va chercher dans les crédits, dans les livrets qui les accompagnent. Oui, il y a un côté nostalgique mais je ne crois pas au phénomène de mode, je le vois davantage comme un retour à l’objet et à une autre manière de consommer la musique. Je constate aussi un manque au niveau de la collection. Aujourd’hui nous disposons d’une collection sur notre disque dur qui peut disparaître à cause d’un simple bug ce qui n’est pas le cas d’une collection physique. Une collection plus facilement transmissible aux générations futures également. Moi quand j’achète un disque, je suis aussi content de me dire que mon fils pourra l’écouter, je ne l’achète pas que pour moi.

À quel type de client votre service s’adresse-t-il ?

Notre clientèle est assez large. Beaucoup de gens qui veulent se mettre au vinyle, des jeunes comme des moins jeunes ou se remettre au vinyle car ils ont déjà une collection, et veulent ressortir leur platine. Ca va du père de famille de 50 ans aux petits jeunes de 17 ans.
On a aussi imaginé cette box sous un aspect familial, où le papa est content de recevoir un Bowie, un Prince, un Portishead, un album qui l’a marqué et son fils, sa fille soit content(e) de recevoir une nouveauté comme Jungle.
En revanche, les « diggers », c’est-à-dire les vrais amateurs du vinyle, ne font pas partie de notre cible car eux éprouvent le besoin de fouiller les bacs des disquaires, des brocantes et sur le web à la recherche de la rareté. A la limite, les vinyles qu’on envoie, ils les ont déjà et en édition originale en plus (rire).

Avez-vous une démarche militante voir politique à travers votre entreprise sur la manière de consommer la musique : la musique vue comme un bien culturel et pas comme un simple objet de consommation ?

Oui, un peu militant, peut-être pas politique. Mais au delà de ces aspects politiques et militants, on a surtout envie de recréer un lien autour de la musique. On voit avec la recrudescence actuelle du nombre de boutiques de disques qu’il existait un manque à ce niveau. Moi quand je vais chez mon disquaire, que je parle avec lui, quand je fouille ses bacs, qu’il me fait écouter des disques, je retrouve le plaisir que j’avais quand j’étais jeune, avec 100 francs en poche, et que j’aillais tout excité chez le seul disquaire de ma ville.

En Novembre, le Vinyle Club était au Bon Marché Rive Gauche à Paris.

Ce lien s’est distendu en restant devant un écran et par la même occasion, les conditions pour qu’un échange se crée autour de la musique. Le vinyle symbolise d’une certaine manière ce retour. Le côté militant, c’est aussi défendre des artistes qu’on aime et prendre le temps d’écouter un album en entier, d’apprécier tout le travail qui a été fait aussi bien sur l’enregistrement, le graphisme, le choix des maquettes. Dans ce sens on est militant sans être des révolutionnaires.

Que pensez-vous des plateformes de streaming ?

Personnellement, je suis un consommateur, j’ai un abonnement d’une plateforme de streaming, au même titre que mes deux associés. On consomme beaucoup de musique sur des plateformes de streaming. C’est bien aussi, ça permet d’écouter rapidement plein de nouveautés, avec un catalogue énorme mais la qualité du son est moindre à cause de la compression, c’est incomparable avec le vinyle.
Il faut savoir qu’aux Etats-Unis, les ventes de vinyles ont rapporté plus d’argent que le streaming gratuit en 2015*. 11100355_1596706420613752_5915542837107739248_n
La rétribution pour le streaming est ridicule pour les artistes alors que pour un vinyle elle est plus importante. Cette redistribution par écoutes et/ou vues est d’ailleurs très obscure notamment parce que les labels ne fournissent pas ou peu d’information à ce sujet. Mais c’est une super vitrine, un moyen de faire découvrir sa musique au plus grand nombre, rapidement. Ce qui est génial avec internet, c’est qu’un artiste peut exploser avec un clip sur Youtube. Ce qui n’était pas le cas avant, il fallait signer sur un label, sortir un disque. [. . .] On est client du streaming, mais ce service et le nôtre, bien que complètement différents deviennent complémentaires car si quelqu’un découvre un groupe sur une plateforme de streaming, l’aime, veut aller plus loin dans son rapport avec le groupe et son œuvre et veut acheter le vinyle, il peut le faire. On n’est pas sectaire, juste très attachés au vinyle qu’on cherche à faire revivre.

Sined pour Les Bons Ptits Sons.

Découvrez l’univers musical de Mathieu : La Playlist ici !
Plus d’infos sur : http://www.levinyleclub.com/
La Page Facebook

* Quelques chiffres
Au Royaume-Uni, près de 800 000 vinyles se sont vendus depuis le début de l’année, soit déjà plus que les 780 000 disques de 2013, année durant laquelle le vinyle le plus vendu, a été l’album Random Access Memories, du duo français de musique électronique Daft Punk. Les maisons de disques anglaises prévoient que les ventes des 33 tours dépassent le million d’exemplaires, en 2014
Selon le BPI (l’industrie musicale britannique), ce segment ne représente, en 2013, que 0,8 % du total des ventes de musique outre-manche. En France, les ventes augmentent aussi mais restent marginales, avec 1,6 % du chiffre d’affaires des ventes. Elles ont, cela dit, été multipliées par près de 3 depuis 2010, atteignant 471 000 unités.
Source: Le Monde
Le SNEP annonce 514 000 galettes vendues en 2014, avec une progression de 42% sur l’année, l’organisme reconnaît lui-même ne pas prendre en compte tous les labels et distributeurs du support, ce qui rend les estimations inférieures à la réalité.
Source: Konbini               
Aux Etats-Unis, les ventes ont continué à augmenter en 2015, à tel point que le format a rapporté 221,8 millions de dollars pendant la première moitié de l’année 2015, selon la Recording Industry of America. C’est plus d’argent que tout le secteur du streaming gratuit, qui comprend YouTube, Vevo, Soundcloud, mais également les parties gratuites de Deezer et Spotify. Ces services, intégralement financés par la publicité, ont généré près de 163 millions de dollars. Attention, ce chiffre ne prend pas en compte les abonnements mensuels souscrits auprès de Deezer, Spotify ou Apple Music. Le streaming musical payant, financé par des abonnements est la tendance lourde. L’industrie du streaming prise en entier a rapporté plus d’un milliard de dollars, et est devenue la plus grande source de revenus pour l’industrie musicale.
Source: RTL

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